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Déroulement de la cérémonie du 11 novembre 2019 à Gumières.

Déroulement de la cérémonie du 11 novembre 2019 à Gumières : à 11h devant le monument aux morts du Bourg du village.

Discours de Mr le Maire, Bruno Jacquetin:

« C’était il y a 101 ans, à 11h : le cessez-le feu marquait la fin des combats.
À 5h15 ce matin-là, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, à bord d’un wagon-restaurant aménagé provenant du train d’état-major du maréchal Foch, les représentants allemands et alliés s’étaient réunis pour signer l’armistice.
Cette première guerre mondiale laissait derrière elle plus de dix-huit million six cent mille morts, invalides et mutilés, dont huit millions de civils.
À ceci il faut rajouter deux-cent-cinquante-mille disparus, sept-cent-mille veuves de guerre et un million d’enfants orphelins que l’on officialisa comme Pupille de la Nation, statut instauré par la loi du 27 juillet 1917.
La victoire des alliés sur l’Allemagne était effective, mais le prix payé par l’humanité était définitivement exorbitant.
Ces soldats étaient pour la plupart des appelés et peu d’entre eux étaient des militaristes convaincus.

C’étaient souvent des bons gars de nos campagnes, plus préoccupés par leurs récoltes que par la politique internationale.
C’étaient aussi des bons gars des villes, ouvriers, artisans, commerçants, fonctionnaires ou médecins.
Ils étaient tous toujours trop jeunes pour mourir au fond des tranchées.
Entre 1914 et 1918, sur le front, la machine de guerre pulvérise les villages et les terres, broie les hommes, déchire les vies et les espoirs des survivants.
Les secours sont débordés et les hôpitaux sont submergés par le nombre de blessés qui affluent.
Au milieu de cette déferlante de chaos, une femme, Marie Curie, deux fois prix Nobel, assistée de sa fille Irène, sillonne les champs de batailles à bord de ses petites Curies, des camionnettes équipées d’unités de radiologie mobile, afin de prendre des radiographies des blessés et ainsi de limiter leurs déplacements sanitaires.
Marie Curie a conçu 18 voitures radiologiques et installé 250 postes fixes de radiographie dans les hôpitaux. Plus d’un million de blessés ont été secourus grâce à ces installations, dont un millier l’ont été par Marie Curie elle-même.
L’humanité sera à jamais reconnaissante de tout ce que cette immense femme aura réalisé pour elle, pour les autres, gratuitement, simplement, dignement.
Le 11 novembre 1918 marque symboliquement la fin de la guerre et le retour des combattants survivants dans leurs familles.
Certains furent marqués dans leurs chairs, ont les appela les Gueules Cassées.
Tous furent meurtris dans leurs âmes.
Leurs femmes, qui avaient déjà assuré quatre années durant les travaux dans les champs et les usines, durent les panser, les soigner, les recueillir, les aider à se reconstruire. Certains arrivèrent à remonter à la surface, d’autres sombrèrent dans des abîmes de tourments.
Le rôle des femmes lors de ce conflit et de tous les autres, devrait être plus honoré qu’il ne l’est encore aujourd’hui.
Et puis vint 1919 et plus précisément, le 28 juin, et la signature du traité de Versailles, à la date anniversaire symbolique de l’attentat de Sarajevo qui avait précipité le monde dans l’enfer, cinq très longues années plus tôt.
Ce traité crée la Société des Nations, qui s’avérera dans les années suivantes, totalement incompétente à tenir son rôle. Il détermine surtout les sanctions prises à l’encontre de l’Allemagne, qui n’est pas représentée au cours de la conférence.
L’Allemagne et ses alliés sont déclarés seuls responsables des dommages de la guerre. Ils seront soumis à des exigences de réparations territoriales, militaires, financières et commerciales extrêmement lourdes et humiliantes.
Le montant à payer par l’Allemagne est fixé à 132 milliards de marks-or, soient environ 1.420 milliards d’euros au cours d’aujourd’hui. Cette dette de guerre aurait dû courir jusqu’en 1983.
L’affront moral, constitué par la mise en jugement de l’ex-Kaiser et par l’article 231 du traité qui stipule que « l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages (…) en conséquence de la guerre », est vécu comme une humiliation par des millions d’Allemands.
Le pays, très affaiblit par les modalités du traité de Versailles sera très durement touché par la crise économique de 1929. Sa population humiliée, ruinée et affamée forgera alors peu à peu son espoir de revanche dans un nouvel ordre mondial promis par un extrémiste qu’elle dénommera le guide, der Führer.

On connaît la suite : 20 ans plus tard, le « plus jamais ça » sera balayé dans un nouveau conflit mondial, encore plus dément et encore plus insensé que le premier.

Cent ans après le traité de Versailles, cent-un ans après le cessez le feu du 11 novembre 1919, que nous reste-t-il à nous, les descendants de ces Français qui ont combattu si durement, à nous les descendants de ces Européens qui se sont déchiré si durement ?
Est-ce un sentiment patriotique qui anime notre présence aujourd’hui devant cette pyramide froide dans laquelle sont gravés les noms des Gumérots tombés pour la France ?
Je ne pense pas que nous puissions un instant revendiquer de cette effroyable histoire un sentiment de fierté.
Je ne pense pas que ces hommes, dont les noms ne sont plus que des sillons creusés à la surface d’une pierre, aient un jour engagés leurs vies dans l’objectif d’être honorés de la sorte.
Ils ont fait la guerre car ils n’avaient pas le choix.
Ils sont morts car certains l’ont voulu et que le destin l’a décidé.
Ils sont morts pour leurs pays et ce sont les peuples de leurs pays qui honorent leurs mémoires, leurs âmes et leurs histoires.

Les armes de cette guerre se sont tues il y a cent un ans.
Les larmes de cette guerre ne coulent plus depuis longtemps.
Et pourtant…
Les drames des autres guerres n’ont cessé, depuis, de déchirer l’humanité, inexorablement…
En ce jour de la commémoration nationale de la victoire et de la paix, nous rendons hommage aux enfants de Gumières, morts pour la France pendant la première guerre mondiale.
Mais notre monde n’étant toujours pas en paix avec lui-même, nous honorons également officiellement ce jour, toutes les filles et fils de France qui, dans tous les conflits, d’hier comme d’aujourd’hui, ont payé de leur vie leur engagement pour leur pays.
Voici, selon la chronologie de leurs décès, les noms de ces 36 combattants Gumérots qui ne revirent jamais leurs terres, je vous demanderai de reprendre pour chacun d’eux la mention de mort pour la France qui leur est due :

Michel Alfred BROUILLET, Jean-Pierre DAMON, Louis Joseph JOANNET, Jean GAGNAIRE, Joseph Marius PELISSON, Mathieu DAMON, Jean PELARDY, Joseph DAMON, Jean-Joseph CHASSAGNEUX, Jacques MOUTIN, Jean-Jacques GAY, Denis Léon BROUILLET, Jean-Claude FAURE, Benoit François Régis CHASSAGNEUX, Claude TAILLANDIER, Jean Pierre Marie LIOTIER, Jean-Marie CHAUX, Jacques GAY, Mathieu Pierre DAMON, Jean-Marie LACOMBE, Jean Antoine NIGON, Jean Lucien Michel MURE, Jean Pierre NEEL, Léon Pierre DAMON, Jean Denis Joseph LIOTHIER, Jean FAVERJON, Jean Pierre CHALANCON, Joseph Marius FRERY, Jean CHASSAGNEUX, Mathieu PELISSON, Jean Léonard THEOLEYRE, Denis BROUILLET Jean-Marie CHALANCON, Louis Basile GAUCHET, Jean DUFOUR, Jean Pierre CREPET

Nous associons également les hommages de la nation aux combattants suivants, tombés dernièrement :
-Alain BERTONCELLO,
commando Hubert,
mort pour la France au Burkina Faso,
le 10 mai 2019 
-Cédric de PIERREPONT,
commando Hubert,
mort pour la France au Burkina Faso,
le 10 mai 2019 
-Docteur Marc LAY CURAS,
14ème centre médical des armées,
mort pour la France au Mali,
le 02 avril 2019
-Erwan POTIER,
501ème régiment de chars de combat,
mort pour la France à Rouen (France),
le 21 mai 2019, des suites de blessures reçues au Liban
-Ronan POINTEAU,
1er régiment de Spahis,
mort pour la France au Mali,
le 2 novembre 2019. »

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